L'actualité

Infirmiers et catastrophes

QUELLE « CATASTROPHE » CES INFIRMIER(ES)

…Des infirmiers qui grandissent avec les médecins dans les situations d’exception..

À l’heure où la place des paramédicaux est au cœur des débats dans l’Urgence, zoomons sur la construction de l’histoire professionnelle de ces infirmier(e)s[1], de l’empirique vocation de «bonne sœur» à l’avènement de professionnels formés et autonomes, qui ont su trouver leur place auprès des médecins par leur investissement, leurs connaissances et la pertinence de leurs actions.
Chaque épreuve de l’Histoire, apportant son lot de catastrophes, a déclenché des besoins spécifiques en matière de santé et a permis de développer une logique de travail, une cohésion dans l’équipe et une approche efficace dans la prise en charge des victimes.

Ce que nous sommes aujourd’hui est né d’un long chemin de travail autour de la santé, des soins et du savoir-faire. Dédié aux femmes le « prendre soin » se juxtapose au « faire des soins » réservé aux hommes pour les corps blessés à la chasse ou à la guerre. 
Avec les conflits du XVIIIème siècle apparaissent les fonctions de «servants domestiques», puis des «soldats d’ambulance[2]» créés par les chirurgiens de Napoléon, D. Larrey et F. Percy, qui voulaient aller au plus près des blessés pour leur apporter les premiers soins.
Parallèlement, les découvertes scientifiques (la stérilisation ou la notion d’hygiène) imposent d’avoir du personnel formé. Les médecins souhaitent des réformes et réclament un personnel instruit et dévoué pour les seconder, c’est l’apparition des métiers spécialisés du XIXème siècle.

Florence Nightingale (guerre de Crimée 1854), pionnière des soins infirmiers modernes ou Clara Barton (la guerre de Sécession 1863) à l’origine de la création de l’American Red Cross, ont toutes les deux fait changer les mentalités et les pratiques de prises en charge des blessés par leurs expériences et leurs initiatives toujours saluées de nos jours.
Les conflits du XXème siècle renforcent, sous l’autorité du médecin, le rôle des infirmiers qui devient indispensable à la chaîne de secours. Naît une collaboration constructive qui pousse les paramédicaux vers une autonomie de travail.
La Première Guerre mondiale voit apparaître, les évacuations des blessés vers l’arrière par convois routiers et ferroviaires. Le concept d’envoyer à l’avant des ambulances « autochirs », et les ambulances de radiologie de Marie Curie font gagner un temps précieux sur la prise en charge des blessés[3]. Des abris dans les tranchées servent de bases aux postes de secours avancés. Ce conflit scelle la professionnalisation des soins en milieu militaire.
Les pompiers de Paris définissent, entre les deux guerres, le concept du poste mobile[4].
Cependant cette première approche du «c’est l’hôpital qui va au blessé et non le blessé qui va à l’hôpital», ne trouve pas lors de la Seconde Guerre mondiale l’essence nécessaire à sa réalisation. Et il faudra attendre les années 1980 pour voir l’apparition la notion de « médecine de catastrophe » en France.

La place des infirmiers, en collaboration avec les médecins, pendant les conflits armés sera déterminante et donnera la preuve qu’un personnel formé et spécialisé augmente l’efficience d’une prise en charge exclusivement médicale.
Les hôpitaux mobiles de campagnes se développent et se structurent. La guerre du Viêt-Nam 1961/1973 confirme l’intérêt des soins infirmiers de l’avant par l’engagement des militaires paramédics américains. Ils seront de précieux techniciens spécialisés en soins d’urgence, traumatologique et balistique, dotés de compétences de terrain[5].  Le service de santé des armées français, quant à lui, priorise le concept d’«au plus près des blessés» et développe une chaîne de secours pré-hospitalière et hospitalière graduée déployée sur le terrain. 

Du brevet de capacité d’infirmier professionnel (1922) jusqu’à la circulaire de réingénierie de la formation LMD de 2009, les infirmiers et les infirmiers spécialisés ont connu une fulgurante évolution qualifiante au cours du XXème siècle, tant sur le plan de l’autonomie que sur le qualitatif[6].
À la suite des différentes catastrophes naturelles, technologiques et sanitaires entraînant une inadéquation des moyens face à l’ampleur des besoins, une redistribution des rôles dans la chaîne des secours a dû être effectuée à chaque acteur (médecin et non-médecin). L’infirmier, grâce à ce travail collaboratif, gagne en efficience en favorisant l’autonomie de chacun et en conservant une communication étroite et efficace, pour le bien des victimes. La spécialisation en médecine de catastrophe[7] prend son essor.

Conclusion
Une nouvelle ère, de nouveaux maux, des circonstances ont induit des besoins pour une société en souffrance. Les conflits actuels touchant plus les civils que les soldats, une nature « s’exprimant » avec une grande fréquence et violence, des accidents technologiques récurrents modifient encore un peu plus la prise en charge de la catastrophe.
Ces situations nous poussent à nous spécialiser, à acquérir plus d’autonomie dans la  réflexion et dans les gestes techniques, pour ouvrir le champ des possibles afin de  répondre à une demande de plus en plus pressante de la population et des instances gouvernementales.

Nous devenons des professionnels réflexifs et autonomes spécialistes de l’urgence (notamment collective), par nos diplômes : IADE et diplômes universitaires de médecine de catastrophe. Chacun à notre niveau, nous avons la volonté de travailler, et d’être là, présents aux côtés des médecins spécialisés en médecine de catastrophes afin de distiller tout notre savoir-faire au service du bien commun. “Apprendre ensemble pour travailler ensemble”. Telle pourrait être notre devise.

DELAVAL Agnès 
Infirmière Anesthésiste D.E, Ingénieure en Risques Sanitaires NRBC-E.
Membre du conseil d’administration de la SFMC.     

[1] EHRENREICH B, DEIRDRE E, 2005 « sorcière, sage-femmes et infirmières : une histoire de femmes et de la médecine » les éditions du remue-ménage.
[2] OLIER F, 1997 « Compagnie de soldats d’ambulance du Premier Empire (1809-1815) », dans Médecine et Armées, 25 (7) : 551-558.
[3] BERTHEAU M-E, 2016 « L’engagement des infirmières laïques pendant la première guerre mondiale. Amorce de professionnalisation des soins en milieu militaire » : 44, 4, 394-400
[4] NOTO R. Médecine de catastrophe(s) Définition. Caractéristiques. Origines. Communication à CRÉTEIL janvier 2009 pour la Société Française de médecine de catastrophe.
[5] DENYS Hubert, 8 mai 2014 « les medics »  épisodes-histoire.over-blog.com
[6] Le Ministère des Solidarités et de la Santé, 8 août 2004, Décret inscrivant la profession infirmière au Code de la Santé publique du, et Circulaire, 31 juillet 2009 portant réforme de la formation : LMD.
[7] BERTRAND C, AMMIRATI Ch, RENAUDEAU C. 2006 « Risques chimiques, accidents, attentats », Elsevier.