L'actualité

Point épidémio CoViD 12 avril

L’épidémie continue de progresser indépendamment des mesures de confinement prise par les pays. Cependant on notera qu’il n’existe pas de stratégie coordonnée et que chaque pays organise son confinement comme il l’entend de même que pour sa doctrine de dépistage des cas.
Le poids de la chine ne représente plus que 8% de l’ensemble des cas documentés à ce jour. L’Italie dans un contexte où l’Italie atteint désormais à elle seule 11% de ces cas documentées.

Ce qui est établi

Au 11 avril 2020, 1 653 204 cas de COVID-19 (conformément aux définitions de cas appliquées dans les pays touchés) ont été signalés,
dont 102 088 décès.

Cas confirmés

En Afrique : 12 952 cas
En Asie : 271 501 cas
En Amérique : 581 153 cas
En Europe : 779 401 cas
En Océanie : 7 501 cas

Afriqueles cinq pays ayant signalé le plus grand nombre de cas sont l’Afrique du Sud (2 003), l’Égypte (1 794), l’Algérie (1 761), le Maroc (1 448) et le Cameroun (803). 
Asieles cinq pays ayant signalé le plus grand nombre de cas sont la Chine (83 004), l’Iran (68 192), la Turquie (47 029), la Corée du Sud (10 450) et Israël (10 408).
Amériqueles cinq pays ayant signalé le plus grand nombre de cas sont les États-Unis (501 560), le Canada (22 133), le Brésil (19 638), l’Équateur (7 161) et le Chili (6 501).
Europeles cinq pays qui signalent le plus grand nombre de cas sont l’Espagne (157 022), l’Italie (147 577), l’Allemagne (117 658), la France (90 676) et le Royaume-Uni (70 272).
Océanieles cinq pays qui signalent le plus grand nombre de cas sont l’Australie (6 238), la Nouvelle-Zélande (1 035), Guam (130), la Polynésie française (51) et la Nouvelle-Calédonie (18).
AutreCas du navire de croisière (Japon) (696).

Décès documentés

L’Italie reste le pays qui paye le plus lourd tribut au monde suivi de l’Espagne et des États-Unis

Afrique : 691 décès ; les cinq pays qui signalent le plus de décès sont l’Algérie (256), l’Égypte (135), le Maroc (107), le Burkina Faso (26) et la Tunisie (25).

Asie : 10 158 décès ; les cinq pays qui signalent le plus de décès sont l’Iran (4 232), la Chine (3 343), la Turquie (1 006), l’Indonésie (306) et l’Inde (239).

Amérique : 21 715 décès ; les cinq pays qui déclarent le plus grand nombre de décès sont les États-Unis (18 777), le Brésil (1 056), le Canada (569), l’Équateur (297) et le Mexique (233).

Europe : 69 453 décès ; les cinq pays qui déclarent le plus grand nombre de décès sont l’Italie (18 851), l’Espagne (15 843), la France (13 197), le Royaume-Uni (8 958) et la Belgique (3 019).

Océanie : 64 décès ; les quatre pays qui déclarent le plus grand nombre de décès sont l’Australie (54), Guam (4), la Nouvelle-Zélande (4) et les îles Mariannes du Nord (2).

Points clés pour le clinicien

  • Le virus en cause est le SARS-cov-2 et la maladie est dénommée COVID-19
  • Le SARS-cov-2 appartient au genre β‐Coronavirus enveloppé à ARN+ monocaténaire membre du groupe des Sarbecoviruses[1]
  • La détection directe des particules virales dans le sang et les lavages broncho-alvéolaires se fait par RT-PCR[2]
  • Les protéines virales clés ont une homologie à plus de 80% avec celles du SARS-cov-1[3]
  • Le taux de reproduction initialement mesuré était de 2.0 à 3.0[4] (il semble tendre vers 1.0)
  • La période d’incubation semble être comprise entre 5 et 13 jours[5]
  • Le début des symptômes s’installe sur 3 à 6 jours
  • Le tableau clinique se compose d’une fièvre, de symptômes localisés sur le haut et le bas appareil respiratoire, d’une diarrhée ou d’une combinaison de cet ensemble qui s’enrichie souvent d’une agueusie et d’une anosmie
  • Le temps médian entre l’apparition des symptômes et la dyspnée est de 8 jours ; les complications les plus fréquentes sont détresse respiratoire aigue (29%), décompensation cardiaque (12%) et surinfection (10%)[6]
  • L’hospitalisation intervient dans les 6 à 10 jours après l’apparition des premiers symptômes[7]
  • Les anomalies biologiques sont marquées par la lymphopénie[8]
  • Une anomalie du bilan hépatique (ASAT, ALAT et γ-GT) est fréquente[9]
  • Les images radiologiques et scannographiques sont marquées par un aspect en « verre dépolie » souvent périphériques ou disséminées[10]
  • Les observations histopathologiques montrent une atteinte septale alvéolaire caractéristique en plus d’une réaction inflammatoire classique[11]

Alerte DGS du 23/03/2020

Les signes cliniques les plus fréquents du Covid-19 sont ceux d’une infection respiratoire aigüe, allant de formes pauci-symptomatiques ou évoquant une pneumonie, sans ou avec signes de gravité (syndrome de détresse respiratoire aigüe, voire défaillance multi-viscérale). Toutefois des formes avec symptomatologie digestive, état confusionnel, initialement non fébriles sont souvent au premier plan chez les personnes âgées.

Le Conseil national professionnel de gériatrie et la Société française de gériatrie et gérontologie ont confirmé la symptomatologie atypique du Covid-19 chez les sujets âgés, indépendamment des signes respiratoires plus classiques, se traduisant par des signes digestifs (notamment diarrhée), un état confusionnel ou des chutes, une fébricule avec variations de température entre hyper et hypothermie.

Par ailleurs, le Conseil national professionnel d’ORL a constaté la recrudescence d’anosmie brutale sans obstruction nasale, parfois isolée qui pourrait être en relation avec le Covid-19. Le Conseil national professionnel d’ORL lance une étude afin de préciser les éléments de cette constatation. Il convient dans ce cadre d’être attentif aux points suivants :

  • Toujours chercher ce symptôme devant un patient suspect de Covid-19 ;
  • En présence d’une anosmie sans obstruction nasale et avec une agueusie, le diagnostic de Covid-19 est à considérer comme vraisemblable et ces patients doivent être de facto isolés ;
  • Ne pas les traiter par corticoïdes inhalés ou per os et les lavages de nez sont décommandés, ils pourraient favoriser la dissémination virale ;
  • Ce tableau clinique semble plutôt caractéristique des formes bénignes. Toutefois il semble aussi assez fréquent dans les formes graves si on recherche le symptôme.

La fiche COREB repérer et prendre en charge un patient atteint d’infection respiratoire aigüe en contexte d’épidémie CoVID-19 a été actualisée en ce sens :

https://www.coreb.infectiologie.com/UserFiles/File/procedures/fiche-radar-covid19-med-liberale-22-mars-vf-13h.pdf

Le patient type et son devenir

Selon une étude chinoise portant sur 191 patients dont 137 ont été guéris et 54 sont morts à l’hôpital[12] :

  • 48% des patients présentent une comorbidité
    • hypertension 30%
    • diabète 19%
    • coronaropathie 8%
  • Augmentation de la probabilité de décès à l’hôpital associée à :
    • un âge plus avancé (odds ratio 1-10, 95% CI 1-03-1-17, par an d’augmentation ; p=0-0043)
    • un score plus élevé à l’évaluation séquentielle des défaillances d’organes (SOFA) (5-65, 2-61-12-23 ; p<0-0001)
    • d-dimer supérieur à 1 μg/mL (18-42, 2-64-128-55 ; p=0-0033)
  • Durée médiane de l’excrétion virale de 20-0 jours (IQR 17-0-24-0) chez les survivants, mais détectable jusqu’au décès chez les non-survivants. La durée la plus longue observée de l’excrétion virale chez les survivants est de 37 jours.

Parcours type du patient

Ce que l’on constate

Sur la cinétique « globale »

L’épidémie continue de progresser indépendamment des mesures de confinement prise par les pays. Cependant on notera qu’il n’existe pas de stratégie coordonnée et que chaque pays organise son confinement comme il l’entend de même que pour sa doctrine de dépistage des cas.

Le poids de la chine ne représente plus que 8% de l’ensemble des cas documentés à ce jour. L’Italie dans un contexte où l’Italie atteint désormais à elle seule 11% de ces cas documentées.

On constate que le nombre de cas confirmé par détection directe du virus suit finalement une courbe d’allure exponentielle depuis la deuxième semaine de mars (flèche bleue). Dans la mesure où la courbe concerne les cas cumulés, ce point d’inflexion rend compte de l’augmentation des cas hors Chine qui ne fait que se confirmer chaque jour d’avantage.

Pour l’instant on ne détecte pas au niveau mondial d’inflexion de la courbe des cas cumulés.

Par contre on constate que la courbe des décès n’est pas parallèle et suis une cinétique qui lui est propre et non exponentielle.

Ce point ne fait pas l’objet de commentaires à ce jour.

Sur la cinétique « instantanée »

La décroissance de l’accélération des cas documentés s’est interrompue depuis le 24/02/2020 (flèche bleue).

La flèche verte correspond à un changement de détection des cas possibles en Chine qui a consisté à utiliser uniquement les anomalies radiologiques pulmonaires. Cette stratégie se révèle payante puisqu’elle a permis de corriger le nombre de cas confirmés biologiquement. Cependant, cette correction ne modifie pas la cinétique croissante au niveau mondial.

On constate que la vitesse de croissance des cas mortels documentés continue à s’intensifier mais qu’elle présente une pente distincte de celle des cas documentés.

En fait on a l’impression que la qualité du « reporting » des cas mortels est plus régulière que celle des cas possibles. On note ici aussi un comportement spécifique de la mortalité qui évolue selon une vitesse qui lui est propre et ce fait mériterait d’être commenté.

Il convient aussi de garder à l’esprit que cette épidémie n’a rien de commun avec une grippe saisonnière en ce qui concerne sa cinétique ou son ampleur. Elle tend de plus en plus à se comporter comme la « pandémie X » que nous redoutons tous.

La plupart des systèmes de santé sont dans un état de tension extrême voire dépassé notamment au niveau des lits de réanimation.

Sur la simulation globale

En utilisant un modèle de simulation minimaliste qui consiste à retrancher du cumul des cas actifs du jour, le nombre de décès cumulés et le nombre de cas cumulés 21 jours auparavant (temps moyen de durée de l’infection au plan clinique), on constate un infléchissement potentiel du nombre de cas actifs

.

En répartissant les cas actifs en pourcentage de cas asymptomatiques, sévères (hospitalisés) et critiques (nécessitant une assistance respiratoire) on constate aussi un infléchissement du nombre de cas sévères et critiques qui est mise en évidence en France et en Italie notamment.

 

Sur la situation Européenne

Bilan des cas

Au 11 avril 2020, 727 879 cas ont été signalés dans l’UE/EEE et au Royaume-Uni : Espagne (157 022), Italie (147 577), Allemagne (117 658), France (90 676), Royaume-Uni (70 272), Belgique (26 667), Pays-Bas (23 097), Portugal (15 472), Autriche (13 560), Suède (9 685), Irlande (8 089), Norvège (6 244), Pologne (5 955), Danemark (5 819), Tchéquie (5 732), Roumanie (5 467), Luxembourg (3 223), Finlande (2 769), Grèce (2 011), Islande (1 675), Croatie (1 495), Hongrie (1 310), Estonie (1 258), Slovénie (1 160), Lituanie (999), Slovaquie (715), Bulgarie (635), Lettonie (612), Chypre (595), Malte (350) et Liechtenstein (80).

L’Espagne est passée devant l’Italie

           

Au 11/04/2020, 68 168 décès ont été signalés dans l’UE/EEE et au Royaume-Uni : Italie (18 851), Espagne (15 843), France (13 197), Royaume-Uni (8 958), Belgique (3 019), Allemagne (2 544), Pays-Bas (2 511), Suède (870), Portugal (435), Autriche (319), Irlande (287), Roumanie (257), Danemark (247), Pologne (181), Tchéquie (119), Norvège (92), Grèce (90), Hongrie (85), Luxembourg (54), Finlande (48), Slovénie (45), Bulgarie (25), Estonie (24), Croatie (21), Lituanie (17), Chypre (15), Islande (7), Lettonie (2), Malte (2), Slovaquie (2) et Liechtenstein (1).

L’ECDC ne communique plus sur les cas de contaminations locales (suspectées d’être autonomes) qui représentaient déjà plus de 60% des cas en Europe. Avec de grandes disparités 88% pour l’Allemagne, 67% pour l’Italie, 58% pour la France et 11% pour le Royaume Uni au 23/02/2020.

Cinétique des cas Européen

Le comportement est comparable à celui détaillé pour le monde avec une cinétique globale exponentielle et une vitesse d’accélération variable.

Sur les données cliniques

Le taux de reproduction est toujours estimé pour l’instant à 2,2 (10 sujets porteurs du virus contaminent en moyenne 22 autres personnes sur la durée totale de leur infection soit 3 semaines environ).

L’incidence actuelle semble toujours se situer à 0,83/100 000 habitants (pour mémoire l’incidence mensuelle de la grippe se situe régulièrement au-dessus de 1000/100 000 habitants en période épidémique).

La durée moyenne de la période d’incubation est toujours estimée à 12 jours.

D’après les informations disponibles la durée d’hospitalisations des cas en France semble être d’une vingtaine de jours.

Pour mémoire, lors d’une épidémie de grippe, la proportion d’hospitalisations avec passage en réanimation et de 10%, la létalité de l’ordre de 6%) et les durées moyennes de séjour se situent autour de 8,6 jours.

Sur le cas particulier des soignants

En chine, le taux de soignants hospitalisé en raison d’une contamination professionnelle a atteint 6%.

En observant les images des reportages diffusés sur les médias, on constate que les soignants ont un équipement de protection assez sophistiqué mais que souvent le masque n’est qu’un simple masque de chirurgie et pour les masques canard (FFP2), on ne connait pas la fréquence de renouvellement ou la durée moyenne de portage avant renouvellement.

On note par ailleurs une grande promiscuité des patients avec les soignants ce qui fait imaginer un taux de réexposition assez intense et la possibilité d’une charge virale cumulée sur les équipements de protection individuels (EPI) non négligeable. Des erreurs au moment du déshabillage peuvent aussi rendre compte du tribut payé par les soignants.

La notion de « charge » ou d’exposition itérative peut aussi rendre compte du fait que le virus montre une capacité d’infection pour les jeunes soignants en bonne santé par rapport à sa cible commune de personnes âgées polypathologiques.

Sur l’impact socio-économique

Des tensions sur l’approvisionnement de plusieurs types de médicaments et de consommables/dispositifs médicaux – déjà préexistantes – liées à la délocalisation en Chine des sites de production sont à anticiper/surveiller dès à présent.

Sur le cas particulier des masques

Des tensions sur l’approvisionnement en masque chirurgicaux apparaissent en raison d’une demande non régulée par certaines autorités sanitaires nationales concernées et l’absence de posture concertée ou partagée à niveau international.

Il est difficile de déterminer exactement quand les masques faciaux ont été utilisés pour la première fois pour aider à contrôler les infections nosocomiales au bloc opératoire. En 1897, Johann von Mikulicz Radecki a décrit un masque chirurgical composé d’une couche de Gaze (tissu très fin et très léger, de coton, de soie ou de lin, à l’aspect presque transparent, dont les fils de trame sont fortement liés à la chaîne)[13]. La même année, Carl Georg Friedrich Wilhelm Flügge (Pflügge) démontrait que les conversations ordinaires pouvaient disséminer des gouttelettes chargées de germes pathogènes provenant du nez et de la bouche, justifiant ainsi la nécessité d’un masque facial efficace[14]. Ces constatations étaient intégrées par les praticiens français dès 1899[15].

En 1918 les premières études expérimentales étaient publiées sur le sujet et confirmaient l’intérêt protecteur du masque pour le patient et les soignants[16]. La première étude ayant essayé de repérer l’influence du nombre de couche/pliage de la Gaze utilisée pour les compresses à fin de construire un masque, retrouvée dans la littérature semble celle datant de 1920[17]. Elle pointait l’influence du nombre de couches et la finesse des mailles de la compresse utilisée et que la respiration devient difficile avec des fuites se produisent autour du bord du masque lorsque le nombre de couche apporte une filtration efficace. Cette étude pointait que les masques en compresse tissée n’apportaient pas une protection supérieure à 50%.

En 1934 la question du masque « adéquat » était posée de manière scientifique et systémique. Ainsi on pouvait lire dans l’article qui en rendait compte : “Par masquage adéquat, on entend la protection du patient par des masques appropriés contre les organismes qui peuvent provenir de la bouche ou du nez de l’opérateur ou de tout membre de l’équipe d’intervention. Un masquage adéquat peut également protéger l’opérateur contre les organismes virulents expulsés des voies respiratoires du patient, en particulier lors d’opérations du nez, des lèvres, de la bouche et de la gorge »[18].

Dans une étude portant sur l’influence de la conception des masques sur leur capacité filtrante, une étude de 1975 démontrait déjà qu’il avait une différence significative d’efficacité entre les masques contenant plus de tissu, plus souples et plissés par rapport à ceux plus rigides, plus petits et non plissés. Les masques réutilisables en tissu de coton étaient aussi efficaces que les masques en tissu synthétique lorsqu’ils étaient bien conçus[19].

L’adaptation du masque au contour du visage semble être l’un des facteurs essentiel de son efficacité au niveau du filtrage de l’air inspiré comme cela a été démontré par un modèle expérimental en 1987[20].

Une étude de 1992 a évalué l’efficacité des masques chirurgicaux avec des débits variant de 5 à 100 L/min pour étudier la dépendance du débit en les comparant à plusieurs masques de type industriel. Cette étude a démontré que la qualité du matériel filtrant intégré au masque était plus importante que la conception même du masque. Une coque à structure poreuse grossière laisse passer 80 % des aérosols avec une faible influence du débit, alors qu’un masque conçu avec un matériel filtrant spécifique ne laisse passer que 25 % des aérosols à un débit de 5 L/min contre 70 % à 100 L/min[21].

Dans une étude datant de 1993 portant sur la pénétration d’aérosols à travers les milieux filtrants et les fuites induites au niveau du joint facial de huit masques chirurgicaux différents, il est apparu que le pourcentage de pénétration à travers les différents filtres varie de 20 % à près de 100 %. En comparaison, un masque contre les poussières et les fumées utilisé en milieu industriel avait un taux de pénétration nettement inférieur. L’étude a conclue à la supériorité des masques industriels sur les masques chirurgicaux en terme de filtration pure mais que les masques industriels avaient un moins bonne résilience en cas d’endommagement[22].

La méthode optique de Schlieren, permet de rendre visibles les flux d’air expiré et d’évaluer l’effet des masques couramment utilisés sur la dispersion des gouttelettes par la toux. Avec cette technique, il a été démontré en 2009 que la toux humaine projette un jet turbulent rapide dans l’air ambiant, mais que le port d’un masque chirurgical ou d’un masque de type N95 (norme américaine proche de la norme européenne FFP2) neutralise ce phénomène naturel soit en bloquant la formation du jet turbulent (masque N95), soit en le brisant et le redirigeant latéralement (masque chirurgical)[23].

Dans une revue de littérature de 2010 ayant étudié 21+25 études sur les masques, il est apparu que les méthodologies ont utilisé un modèle exploration de niveau moyen ou inférieur. Dans la majorité des études, les facteurs de confusion importants comprenaient l’impact non reconnu de la combinaison simultanée d’autres mesures de lutte contre les infections, le respect des masques, la contamination due à l’enlèvement inapproprié des masques et l’inoculation oculaire. Seules trois études ont comparé directement la valeur protectrice des masques chirurgicaux avec les masques N95. La majorité des études en laboratoire ont identifié les deux types de masques comme ayant une efficacité de filtration variable, mais les masques N95 offraient une protection supérieure contre les particules de taille similaire à celle de la grippe.
Les conclusions de cette revue de littérature étaient que les directives de l’Organisation mondiale de la santé recommandant le port de masques chirurgicaux pour tous les soins aux patients, à l’exception des masques N95 pour les procédures générant des aérosols n’étaient pas entièrement fondée sur des preuves[24].

Dans une autre étude datant de 2013, vingt et un volontaires en bonne santé ont fabriqué leur propre masque facial à partir de t-shirts en coton. Ces masques ont ensuite été testés pour vérifier leur ajustement. Le nombre de micro-organismes isolés à partir de la toux des volontaires en bonne santé portant leur masque fait maison, un masque chirurgical ou aucun masque a été comparé à l’aide de plusieurs techniques d’échantillonnage de l’air. Le facteur d’ajustement médian des masques faits maison était la moitié de celui des masques chirurgicaux. Les deux masques ont réduit de manière significative le nombre de micro-organismes expulsés par les volontaires, bien que le masque chirurgical ait été 3 fois plus efficace pour bloquer la transmission que le masque fait maison. Les conclusions de l’étude sont qu’un masque fait maison ne devrait être considéré qu’en dernier recours pour prévenir la transmission de gouttelettes par des personnes infectées, dans un contexte où ce serait mieux qu’aucune protection[25].

Niveau d’alerte en France

A la date du 23/03/2020 la France est au niveau 3 du plan ORSAN REB (plan de mobilisation interne) au niveau de toutes les ARS.

Toutes les infos utiles et les fiches réflexes pour les secteurs sanitaires, médico-sociaux et ambulatoires de ville sont disponibles sur la page suivante : https://solidarites-sante.gouv.fr/soins-et-maladies/maladies/maladies-infectieuses/coronavirus/coronavirus-PS

Les 38 établissements de santé habilités Covid-19 (établissements de santé de première ligne) mettent en œuvre les mesures adéquates prévues dans le volet REB de leur plan de gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles.

Actuellement 140 établissements de santé sont pleinement mobilisés dans ce cadre.

Ces établissements sont en alerte permanente pour assurer la prise en charge des patients cas possibles et le cas échéant, les cas confirmés.

Les SAMU-Centre 15 sont au cœur du dispositif de réponse. La désignation dans chacun des SAMU d’un référent médical de crise est importante pour assurer la permanence du contact avec le SAMU zonal, l’ARS, la médecine de ville et les établissements de santé.

Cette fonction est aussi garante de la mise à jour des consignes, procédures et de la diffusion des messages institutionnels mais aussi de l’organisation de la montée en puissance du SAMU-Centre 15.

Repérage, détection précoce et modalités de classement

Cas possible Mise à jour le 13/03/2020 toujours en vigueur

  1. a) Toutepersonneprésentantdessignescliniquesd’infectionrespiratoireaiguëavecunefièvreouunesensation de fièvre,

ET

Ayant voyagé ou séjourné dans une zone d’exposition à risque dans les 14 jours précédant la date de début des signes cliniques :

    • –  La liste des zones d’exposition à risque, définies comme les pays ou départements français pour lesquels une transmission communautaire diffuse du SARS-CoV-2 est décrite, est disponible sur le site internet de Santé publique France ;
    • –  Au cas par cas et après consultation de Santé publique France, une exposition avérée ou potentielle à un évènement de type cluster (chaîne de transmission de taille importante), documenté hors de ces zones d’exposition à risque, pourra aussi être considérée.
  1. b) Toute personne, même sans notion de voyage/séjour dans une zone d’exposition à risque ou de contact étroit avec un cas confirmé de COVID-19, présentant :

– Une pneumonie pour laquelle une autre étiologie a été préalablement exclue sur la base de critères cliniques, radiologiques et/ou virologiques et dont l’état clinique nécessite une hospitalisation, OU

– Des signes de détresse respiratoire aiguë pouvant aller jusqu’au SDRA (Syndrome de détresse respiratoire aiguë) dans un contexte possiblement viral et sans autre étiologie évidente d’emblée.

Cas probable

Toute personne présentant des signes cliniques d’infection respiratoire aiguë dans les 14 jours suivant un contact étroit1 avec un cas confirmé de COVID-19 ;

1 Un contact étroit est une personne qui, à partir de 24h précédant l’apparition des symptômes d’un cas confirmé, a partagé le même lieu de vie (par exemple : famille, même chambre) ou a eu un contact direct avec lui, en face à face, à moins d’1 mètre du cas ou pendant plus de 15 minutes, lors d’une discussion ; flirt ; amis intimes ; voisins de classe ou de bureau ; voisins du cas dans un moyen de transport de manière prolongée ; personne prodiguant des soins à un cas confirmé ou personnel de laboratoire manipulant des prélèvements biologiques d’un cas confirmé, en l’absence de moyens de protection adéquats.

Cas confirmé

Toute personne, symptomatique ou non, avec un prélèvement confirmant l’infection par le SARS-CoV-2.

Ces définitions sont susceptibles d’évoluer à tout moment en fonction des informations disponibles.

La conduite à tenir pour les cas classés comme possibles et probables est à interpréter au regard des dernières recommandations du Ministère de la Santé en matière de priorisation du diagnostic biologique

Agence nationale de santé publique
12 rue du Val d’Osne 94415 Saint-Maurice Cedex France – Standard +33 (0)1 41 79 67 00 www.santepubliquefrance.fr

Avis du HCSP relatif au Coronavirus SARS-CoV-2 et à la prise en charge des personnes à risque de formes graves

Afin de compléter les deux avis provisoires des 10 et 14 mars 2020, le Haut Conseil de la santé publique émet des recommandations prenant en compte l’actualisation des connaissances disponibles. Le HCSP actualise et précise la liste des personnes à risque de formes graves de Covid-19 ainsi que celles pour lesquelles, dans la situation actuelle, la réalisation des tests de diagnostic virologique est prioritaire.

S’agissant des personnes à risque de forme graves de Covid-19, le HCSP rappelle la nécessité de respecter les mesures barrières et de distanciation physique, de privilégier les consultations à distance et de limiter les déplacements dans des lieux à risque de transmission élevée du SARS-CoV2 comme les salles d’attente ou les établissements de santé.

Le HCSP recommande également de différer toute hospitalisation non indispensable et de privilégier les traitements à domicile. Lors d’une hospitalisation, l’application des mesures barrières est particulièrement essentielle.

En établissements médico-sociaux, le visites doivent être restreintes, voire interdite (Ehpad), les activités collectives doivent être supprimées et la sortie de ces établissements interdite pour les résidents. Le port du masque chirurgical doit être systématique pour le personnel et l’hygiène des mains renforcée.

S’agissant des soignants à risque de formes graves de Covid-19, une évaluation de la situation doit être réalisée par le service de santé au travail afin d’envisager une exclusion des services à haut risque de transmission du SARS-CoV-2 et d’envisager un réaménagement du poste de travail. Ces soignants doivent éviter tout contact avec un patient suspect ou confirmés de Covid-19 et porter un masque chirurgical pendant la totalité de leur service. En cas de contact avec un cas de Covid-19, l’avis détaille la conduite à tenir.

Enfin la prise en charge des cas de Covid-19 chez les personnes à risque de formes graves est fonction de la présentation clinique de la maladie et est décrit dans l’avis.

Lire aussi :

Ce qui reste toujours en suspend

  • On ne sait toujours pas si le taux de reproduction, le pourcentage de cas symptomatique, de cas sévère et de cas mortel est homogène ou pas selon les régions du monde ou selon le mode de contamination (primaire, secondaire ou tertiaire).
  • La durée de la convalescence reste non documentée à ce jour.
  • Le début de la phase d’excrétion virale contaminante à la phase asymptomatique et au-delà de la phase clinique, pendant la convalescence n’est toujours pas établie.
  • La charge virale seuil prédictive d’une symptomatologie grave n’a pas été identifiée si elle existe.
  • La charge virale dans les excrétas pouvant être responsable d’une contamination chez les patients asymptomatique n’a pas été déterminée à ce jour.
  • Les animaux sauvages et les animaux d’élevage ne semblent pas faire l’objet d’une surveillance
  • On ne sait pas expliquer les raisons du taux élevé de soignants contaminés par leurs patients (problèmes d’efficacité des équipements de protection individuels, de respects des consignes de prévention et de protection, mode de contamination exotique, effet propre de la répétition de l’exposition vs charge virale, …).
  • On n’a pas de projection de l’impact du taux d’absentéisme des soignants sur les capacités de établissements à faire face à une Situation Sanitaire Exceptionnelle si elle devait se développer sur le territoire national
  • On n’a pas de projection sur l’impact des mesures de santé publiques d’une part, sur l’absentéisme lié à l’épidémie d’autre part sur les besoins en matériels de protection, en consommable, en dispositifs médicaux et en médicaments
  • On n’a pas de projection sur l’impact des mesures de santé publiques d’une part, sur l’absentéisme lié à l’épidémie d’autre part sur les contraintes logistiques liées à l’approvisionnement dans un contexte où les fournisseurs sont majoritairement chinois
  • On ne sait pas si l’usage généralisé du port du masque tel qu’il apparait au niveau des populations a un réel impact sur la propagation du virus

Jan-Cédric Hansen 
Membre SFMC n° 1661

Pour en savoir plus

https://www.santepubliquefrance.fr/maladies-et-traumatismes/maladies-et-infections-respiratoires/infection-a-coronavirus/articles/cas-de-pneumonies-associees-a-un-nouveau-coronavirus-2019-ncov-a-wuhan-en-chine

https://www.ecdc.europa.eu/en/novel-coronavirus-china

https://ec.europa.eu/health/coronavirus_en

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